Histoire de l'éducation au Nunavik

Éducation traditionnelle

Les Inuit ont connu une vie florissante, depuis 4 000 ans, dans la région appelée Nunavik (Nouveau-Québec, au nord du 55e parallèle). À travers des siècles d'existence, le processus d'éducation traditionnel a su transmettre aux jeunes tout ce qu'il leur fallait pour survivre et perpétuer la culture des Inuit.. Cette éducation informelle, transmise par les parents, la famille étendue et les autres jeunes, consistait en un apprentissage et un enseignement par imitation, sans aucune limite de temps pour acquérir la maîtrise d'habiletés diverses. L'enfant progressait à un niveau plus élevé d'habileté quand il/elle était prêt(e).
 

Les missionnaires


Les missionnaires, Moraviens, Anglicans et Oblats, ont poursuivi leurs activités au Nunavik depuis environ 1811 jusqu'à 1956. Ils avaient pour but de "christianiser" les Inuit. De façon informelle, avec leurs propres moyens, ils enseignaient la lecture, l'écriture et la religion aux enfants et aux adultes inuit qui le voulaient.

Dès 1811, les premiers missionnaires chrétiens moraves ont visité les régions de Kangiqsualujjuaq et de Kuujjuaq en passant par le Labrador. Le premier oblat est arrivé en 1853 au sud de Kuujjuaq, où il passa l'hiver. De plus, avant 1900, les Inuit apprenaient à lire et à écrire en utilisant l'alphabet syllabique introduit par les missionnaires anglicans.

Étant donné que la plupart des Inuit continuaient à vivre en nomades, selon leur tradition, cette éducation par les missionnaires fonctionnait de façon irrégulière durant toute cette période.

La première école de missionnaires au Nunavik a été fondée par les Anglicans à Kuujjuaq, en 1932. Quand les familles venaient se ravitailler, les missionnaires anglicans enseignaient de façon simple l'arithmétique et l'écriture syllabique.

En 1956, avec l'aide du gouvernement (fédéral), le père (oblat) André Steinmann fonda une école de missionnaires à Puvirnituq. Le père Steinmann avait un style d'enseignement bien à lui – il traduisait des extraits de textes anglais en Inuktitut de manière à ce qu'ils soient plus faciles à comprendre pour ses élèves.

Manquant de fonds, de personnel et de formation pour un enseignement laïque convenable, les écoles de missionnaires n'ont pas connu d'expansion.
 

Les négociants en fourrures

Le premier poste de traite de la Compagnie de la Baie d'Hudson au Nunavik fut ouvert à Kuujjuaraapik en 1829. Les négociants, qui s'y connaissaient en matière de fourrures et de biens matériels, ont donné aux Inuit une formation économique. C'est à travers la traite des fourrures que les Inuit ont fait leurs premiers pas dans le système capitaliste.

 
Les écoles fédérales

Comme les Inuit, d'après la loi constitutionnelle de 1867, tombaient sous la responsabilité du gouvernement fédéral (fait reconnu par la Cour suprême du Canada – Objet : Eskimos (1939) R.C.S. 104), et comme la compétence du gouvernement provincial vis-à-vis de la population autochtone du Nouveau-Québec était mal définie dans la Loi de l' extension des frontières de Québec de 1912 (occasionnant le transfert d'une vaste région des Territoires du Nord-Ouest à la province), c'est le gouvernement fédéral qui a élaboré en premier un système scolaire officiel au Nunavik.

Ceci se produisit après la Seconde Guerre mondiale, alors que les autorités fédérales percevaient désormais le Nord comme une région d'importance stratégique et comme un réservoir de ressources naturelles.

Alors que le Nord prenait de l'importance, le système éducatif des écoles de missionnaires, avec ses limites, fut remplacé par un système plus complet régi par le gouvernement fédéral et calqué sur les systèmes scolaires en place dans les provinces du Canada.

Les initiatives fédérales avaient vu le jour à la suite d'importantes découvertes de richesses naturelles et d'un désir d'intégrer les Inuit dans la société canadienne. On espérait qu'avec l'éducation et une formation professionnelle les Inuit joueraient un rôle important dans le contexte du développement de la région arctique d'après-guerre. John Diefenbaker, dans un discours prononcé lors de sa campagne électorale, baptisée "Vision nordique", en 1958, déclarait que le développement économique du Nord améliorerait les conditions de vie de ses habitants et les amènerait au même niveau que les autres Canadiens. On fonda alors des écoles locales et des centres de formation professionnelle, de taille moyenne, dans des centres régionaux tels que Churchill et Kuujjuaraapik.

On donnerait ainsi la chance aux Inuit de s'assimiler et de devenir des "Canadiens à part égale" – d'où l'usage exclusif de l'anglais au point que l'usage de la langue maternelle était considéré comme un délit punissable. On utilisait le programme scolaire de l'Ontario. On forma des assistants inuit qui travaillaient comme interprètes aux côtés des enseignants pour les nouveaux arrivants. Au début, la présence à l'école était un facteur déterminant pour avoir droit aux allocations familiales et aux prestations de bien-être social.

Le nouveau système scolaire était universel et gratuit pour tous et la présence était obligatoire. On y dispensait une formation de métiers qui permettrait aux Inuit de s'intégrer dans la vie canadienne normale. Cependant, les Inuit étaient exclus du processus de l'élaboration de programmes et de politiques en matière d'éducation.

Durant la période s'étendant de 1949, date d'ouverture de la première école de jour fédérale, jusqu'en 1963, date d'ouverture de la première école provinciale au Nunavik, le gouvernement fédéral, en particulier le ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien, était seul responsable des services éducatifs. Pendant toute la période des années 50 et 60, les enfants inuit commencèrent à fréquenter les écoles (primaires) fédérales au Nunavik. Vers la fin de l'année 1963, le gouvernement fédéral avait établi des écoles dans dix communautés : Inukjuak (1949), Kuujjuaq (1949), Kangiqsualujjuaq (1962), Quaqtaq (1960), Kangirsuk (1960), Kangiqsujuaq (1960), Salluit (1957), Ivujivik (1960), Puvirnituq (1958) et Kuujjuaraapik (1957).


Les écoles provinciales

Jusqu'en 1963, le gouvernement du Québec n'avait aucune responsabilité envers les Inuit du Nouveau-Québec (Nunavik). De 1963 jusqu'à nos jours, l'intérêt porté par le gouvernement provincial à cette région était stimulé par le désir d'en exploiter les ressources hydroélectriques et minérales, ainsi qu'un désir de remplacer la fonction publique fédérale.

En 1963, le gouvernement du Québec a présenté le projet de Loi 60, impliquant la création d'un ministère de l'Éducation. Les écoles ne seraient pas laïques, mais elles seraient gérées par l'État.


Ceci correspond à cette période de l'histoire du Québec qu'on a appelé "la révolution tranquille", durant laquelle on procéda à la modernisation du système éducatif à travers toute la province.

Le gouvernement du Québec voyait le système scolaire comme le principal véhicule d'intégration des Inuit et établit des écoles provinciales à Kangiqsujuaq et à Kuujjuaq en 1963, sous l'égide de la Direction générale du Nouveau-Québec (DGNQ). En 1968, une nouvelle circonscription scolaire fut établie – La Commission scolaire du Nouveau-Québec – qui fut chargée par la suite de l'administration de toutes les écoles sous compétence provinciale au Nouveau-Québec.

Les innovations majeures de cette Commission étaient les suivantes : la création de comités de parents ; la reconnaissance des Inuit en tant qu'enseignants (un contrat de formation des enseignants fut d'abord signé avec l'Université du Québec, puis avec l'Université McGill) ; l'embauche des premiers conseillers pédagogiques ; les premiers programmes d'enseignement des habiletés inuit traditionnelles ; la disponibilité de cours d'éducation aux adultes ; et la création du projet FranNord (programme spécial visant l'enseignement du français aux élèves inuit).

Le système scolaire provincial offrait également l'enseignement en Inuktitut durant les trois premières années d'école, avec le choix de l'anglais ou du français comme langue d'enseignement à partir de la troisième année. En promettant un enseignement intégral en Inuktitut durant les trois premières années et des cours d'Inuktitut après cela, le gouvernement provincial s'engageait à recruter et à former des enseignants inuit. On engagea des aides enseignants fédéraux à cet effet. La CSNQ établit les fondements du programme de Formation des enseignants inuit et offrit, sous les auspices de l'Université McGill, les premiers cours officiels à Kuujjuaq en 1975.

Les écoles provinciales et fédérales fonctionnaient en même temps dans les mêmes communautés. Le gouvernement provincial était bien décidé à ce qu'il y ait un transfert complet de compétence du fédéral au provincial. La position défendue par le gouvernement fédéral était d'offrir ses services tant que les Inuit en auraient besoin.

Durant toute la période des années 60, l'attitude du gouvernement provincial vis-à-vis de la gestion de l'éducation des Inuit a fini par créer une certaine méfiance de la part de la population du Nunavik. Avec le changement de gouvernement vint un changement de politique en matière d'éducation. En conséquence, les parents devinrent réticents à inscrire leurs enfants dans les écoles de la CSNQ. Vers le milieu des années 70, il y avait quatre fois plus d'enfants dans les écoles fédérales que dans les écoles provinciales.

Vers le milieu des années 70 également, la CSNQ gérait dix écoles et un programme efficace de Formation des enseignants inuit. Bien qu'elle n'ait pas totalement réussi à attirer un plus grand nombre d'élèves, la CSNQ avait une influence sur les programmes et l'organisation des écoles de jour fédérales. Une conséquence directe des idées innovatrices proposées par la CSNQ, le système fédéral a réévalué sa position par rapport à l'enseignement en Inuktitut, à la langue d'enseignement et à l'implication des parents inuit. À partir de 1973, le système scolaire fédéral au Nunavik établit des comités consultatifs de parents et mit sur pied des programmes d'enseignement en Inuktitut.

Pour les Inuit, le désir de prendre en main leur propre destin fut peut-être amorcé par le dévoilement du Projet de la Baie James, en 1971, sans aucune consultation préalable auprès des Inuit et des Cris de la région en question. L'Association des Inuit du Nouveau-Québec fut créée de manière à donner une voix à l'opinion publique inuit. Pour prendre en main leur propre destinée, les Inuit devaient contrôler davantage la gestion de leur éducation.

À cette fin, la CSNQ devait éventuellement être prise en charge par la Commission scolaire Kativik.
 

La Convention de la Baie James et du Nord québécois

La Convention de la Baie James et du Nord québécois (CBJNQ) fut signée le 11 novembre 1975. Elle contenait des dispositions pour régler de façon générale les revendications territoriales des Inuit du Nouveau-Québec (Nunavik), et établissait les structures du développement économique et social de la population. Ainsi, la Commission scolaire Kativik fut créée, selon les dispositions de la Loi sur l'instruction publique, pour servir la population des communautés du Nouveau-Québec, au nord du 55e parallèle.


La Commission scolaire Kativik

Le chapitre 17 de la CBJNQ établit la fondation de la Commission scolaire Kativik, une commission scolaire à caractère non-ethnique destinée à offrir des services éducatifs à tous les résidents du Nunavik, dont la plus grande majorité est composée d'Inuit.

Le programme de la Commission s'inspirait de certaines idées nouvelles appliquées dans les écoles de la CSNQ. L'Inuktitut serait la langue d'enseignement durant les trois premières années d'école, avec le choix entre l'anglais et le français à partir de la troisième année. Les cours de culture et de religion seraient donnés par des enseignants inuit. Il y aurait des cours de culture et des excursions scolaires sur les terres avoisinantes pour enseigner des habiletés de survie. Le programme de Formation des enseignants serait maintenu et des Comités d'éducation (organismes consultatifs composés principalement de parents) seraient formés à la suite d'élections ouvertes au public dans toutes les communautés. Chaque communauté élirait également un Commissaire. Les cours seraient calqués sur le programme du ministère de l'Éducation en anglais ou en français.


La prise en charge

La première réunion des commissaires s'est tenue en septembre 1976 ; la Commission engagea ses cadres au printemps 1977. La cession officielle, à la Commission scolaire Kativik, des élèves, des enseignants et des biens des deux systèmes scolaires, fédéral et provincial, eut lieu en juillet 1978.


Le mandat

 
*(La principale source de renseignements pour cette section a été un document intitulé ´Inuit "Education in Nouveau-Québec 1912-1991", écrit par Brian Callaghan, Med 1992. Les renseignements donnés ici contiennent des citations prélevées directement de ce document.)